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Citadelle de Namur : 2000 ans d'Histoire au Confluent de la Sambre et de la Meuse
Dressée sur l'éperon rocheux du Champeau, la Citadelle de Namur est l'un des ensembles fortifiés les plus vastes et les plus documentés d'Europe : oppidum romain, château comtal, fortification bastionnée de Vauban et de Coehoorn, 4 km de souterrains surnommés la « Termitière de l'Europe », puis réinvention civique par Georges Hobé. Une machine de guerre devenue plateforme de culture, de mémoire et de loisirs.
Forteresse mosane · Patrimoine exceptionnel de Wallonie
Le déterminisme géographique du Champeau
Le mot citadelle, dérivé de l'italien cittadella (petite cité), désigne la forteresse d'une ville, conçue comme l'ultime réduit de défense et le symbole de l'autorité souveraine. À Namur, cette autorité s'est inscrite dans le paysage avant même de s'inscrire dans la pierre : le complexe s'implante sur un éperon rocheux triangulaire, le « Champeau », au confluent de la Sambre et de la Meuse.
Les vallées encaissées des deux rivières, bordées de falaises calcaires abruptes, forment des douves naturelles massives sur deux des trois flancs du triangle. Tout assaillant était donc contraint de concentrer son siège sur la seule façade tournée vers le plateau arrière. Cette position faisait de Namur un verrou stratégique absolu, contrôlant les liaisons fluviales vers Charleroi, Dinant et Huy — et plus tard un carrefour ferroviaire reliant Bruxelles, Liège, Mons, Arlon et le Luxembourg.
Le site présentait toutefois deux faiblesses que des générations d'ingénieurs ont dû compenser : le ravin de la Foliette, voie d'approche dissimulée sur le flanc de l'éperon, et la déclivité du relief arrière, qui plaçait les premières lignes de défense en contrebas du plateau d'où arrivait l'ennemi. Toute l'évolution de la citadelle — multiplication des bastions, enfouissement progressif des défenses — se lit comme une réponse d'ingénierie ininterrompue à ces deux vulnérabilités originelles.
« L'architecture défensive de Namur est un dialogue dialectique permanent entre le bouclier et le glaive : à chaque progrès de l'artillerie répond un enfouissement plus profond de la pierre. »
| Période | Puissance dominante | Fait marquant |
|---|---|---|
| IIIe siècle | Antiquité tardive romaine | Repli sur le Champeau – mur de pierre et de bois fermant l'éperon |
| 937–1188 | Comté de Namur (maison de Namur) | Château comtal : donjon, 4 tours, collégiale et puits profonds |
| 1188 | Comté de Hainaut (Baudouin V) | Siège décisif – Namur passe sous l'orbite du Hainaut |
| 1519–1555 | Empire de Charles Quint | Trace italienne : création de la « Médiane » bastionnée |
| 1631–1675 | Pays-Bas espagnols | Construction du vaste complexe avancé de « Terra Nova » |
| 1692–1695 | Royaume de France (Louis XIV / Vauban) | Grand Siège, refonte des défenses, expansion des souterrains |
| 1695 | Coalition (Guillaume III / Coehoorn) | Reprise et refortification effaçant l'œuvre de Vauban |
| 1746 | Royaume de France (Maréchal de Saxe) | Nouveau siège – prélude à la victoire de Raucoux |
| 1792 | République française (gén. Valence) | Capitulation autrichienne après la bataille de Jemappes |
| 1815–1830 | Royaume uni des Pays-Bas | Reconstruction quasi totale – ~90 % de la maçonnerie actuelle |
| 1888–1892 | Royaume de Belgique (Brialmont) | Ceinture de 9 forts en béton – fin du rôle de la citadelle |
| 1914 | 1ère Guerre mondiale (Empire allemand) | Chute en 3 jours – obsolescence des défenses en maçonnerie |
| 1908–Aujourd'hui | Ville de Namur (G. Hobé puis culture) | Plateau de loisirs, souterrains scénographiés, téléphérique |
Galerie photographique
Citadelle de Namur en images
📜 Analyse géopolitique et militaire · IIIe siècle – 1977
Deux mille ans d'histoire militaire et architecturale
Du repli des populations romaines sur l'éperon à l'ultime départ des para-commandos, la citadelle a concentré tous les bouleversements de l'Europe occidentale. Voici la chronologie d'un palimpseste unique, où chaque siècle a réécrit la pierre du précédent.
IIIe siècle
Repli romain sur le Champeau
Face à l'insécurité aux confins de l'Empire et après un incendie dévastateur de la ville basse, les populations se replient sur l'éperon. Un mur de pierre et de bois en ferme la pointe, couplé à un fossé sec : c'est l'acte de naissance de la vocation militaire du site.
Premier verrou défensif937 – 1188
Le château comtal et la maison de Namur
Le comte Béranger s'installe dans le castrum en 937 ; Robert Ier structure la maison de Namur. Le site se dote d'un donjon, d'une enceinte à quatre tours, d'une collégiale et de puits profonds. Le siège de 1188 fait basculer Namur sous l'orbite du Hainaut (Baudouin V).
Donjon · 4 tours · collégiale1519 – 1555
Charles Quint et la « Médiane »
L'artillerie à poudre rend les hauts murs obsolètes. Sous Charles Quint, le paradigme s'inverse : on s'enterre pour absorber les coups. La trace italienne donne naissance à la « Médiane » — une courtine basse et épaisse, remblayée de terre, flanquée de deux bastions à casemates.
Trace italienne · bastions1631 – 1675
L'expansion de « Terra Nova »
Pour repousser l'artillerie ennemie loin du cœur de la place, l'Espagne érige le vaste complexe avancé de Terra Nova : un immense ouvrage à cornes flanqué de demi-bastions. La forteresse s'étend désormais sur la quasi-totalité du plateau du Champeau.
Ouvrage à cornes1692
Le Grand Siège – Vauban contre Coehoorn
Louis XIV et Vauban assiègent Namur : ~120 000 hommes et 151 canons contre 8 000 à 9 000 défenseurs commandés par Coehoorn. La ville capitule le 5 juin ; la citadelle résiste 36 jours et se rend le 30 juin. La chute de Namur déclenche la bataille de Steenkerque.
120 000 hommes · 36 jours1695 – 1746
Les allers-retours hégémoniques
En 1695, une coalition menée par Guillaume III reprend la place ; Coehoorn est chargé d'effacer l'œuvre de son rival Vauban. En 1746, lors de la guerre de Succession d'Autriche, le Maréchal de Saxe reprend Namur — prélude direct à la victoire de Raucoux.
Coehoorn refortifie1792
La déferlante révolutionnaire
Dans la foulée de Jemappes, le général Valence se présente avec 35 000 hommes face à une garnison autrichienne de 2 300 soldats retranchée dans la citadelle. Malgré l'infériorité numérique, les Autrichiens résistent jusqu'au 2 décembre 1792.
Capitulation autrichienne1815 – 1830
La reconstruction hollandaise
Après le Congrès de Vienne, le Royaume uni des Pays-Bas rebâtit presque intégralement le complexe en reprenant les tracés de Vauban et Coehoorn. Près de 90 % de la maçonnerie visible aujourd'hui date de cette période, marquée par l'emploi massif de la brique pré-industrielle.
~90 % du bâti actuel1888 – 1892
Brialmont et l'obsolescence
L'obus explosif et les canons à âme rayée condamnent la fortification de maçonnerie. Le général Brialmont fait construire une ceinture de neuf forts en béton à plusieurs kilomètres de la ville : la « Position Fortifiée de Namur ». La citadelle perd son rôle défensif direct.
9 forts en bétonAoût 1914
Le siège éclair de la Grande Guerre
~37 000 défenseurs belges face à ~107 000 Allemands (2e et 3e armées). L'artillerie lourde pulvérise le béton non armé des forts. Après trois jours, la garnison évacue dans la nuit du 23 août ; le dernier fort se rend le 25 août. La défense statique a vécu.
Chute en 3 jours1977
Le départ des para-commandos
Après la Seconde Guerre mondiale, le site sert encore de caserne et de terrain d'entraînement. Le départ du régiment des para-commandos en 1977 clôt formellement l'histoire purement militaire de la citadelle.
Fin de la vocation martiale⚔️ Deux génies, deux doctrines
Le sol namurois garde l'empreinte gravée de la querelle qui opposa les deux plus grands ingénieurs de l'âge classique. Sébastien Le Prestre de Vauban prônait l'« industrie et méthode » : tranchées parallèles, sapes en zigzag, géométrie rigoureuse pour épargner ses fantassins.
Son rival hollandais Menno van Coehoorn, défenseur de la citadelle en 1692 puis refortificateur après 1695, défendait une approche plus agressive. Vauban méprisait d'ailleurs l'expression « attaquer à la Coehorn », qu'il jugeait d'une « violence meurtrière » inutile. L'agencement des bastions et des fossés de Namur reste le manuel à ciel ouvert de cette confrontation.
La ceinture Brialmont (1888-1892)
Conscient que l'obus explosif rendait la citadelle obsolète, le gouvernement belge confia au général Henri Alexis Brialmont la conception d'une défense nationale moderne : neuf forts semi-enterrés en béton non armé (dont Saint-Héribert et Émines), à plusieurs kilomètres de la ville. En 1914, leur béton non armé fut pourtant pulvérisé en trois jours par l'artillerie lourde allemande.
⚔️ 1692 · Guerre de la Ligue d'Augsbourg
Le Grand Siège de 1692 : l'âge d'or de la poliorcétique
Louis XIV en personne devant Namur
En 1692, Louis XIV décide de frapper un grand coup pour briser la Grande Alliance. Il mène en personne le siège de Namur, accompagné de son ingénieur en chef Vauban. La prise de cette place, au confluent de fleuves majeurs de la logistique européenne, devait forcer la République hollandaise à négocier — la stratégie française incluant même des préparatifs d'invasion de l'Angleterre.
La ville basse capitule dès le 5 juin, mais la citadelle, commandée par Coehoorn en personne, résiste héroïquement 36 jours sous un déluge de feu avant de se rendre le 30 juin 1692. Les pertes s'élèvent à près de 7 000 tués ou blessés côté allié, 4 000 côté français. L'onde de choc en Europe précipitera la sanglante bataille de Steenkerque.
💡 Durant l'occupation française (1692-1695), Vauban entreprit une refonte colossale : ouvrages avancés, casernes à l'épreuve des bombes et, surtout, une extension massive du réseau de galeries souterraines — le futur cœur de la « Termitière de l'Europe ».
🛡️ Trace italienne · Médiane · Terra Nova · Reconstruction hollandaise
L'architecture : la révolution de la poudre et la trace italienne
La citadelle visible aujourd'hui est un empilement de doctrines. Le passage du donjon vertical médiéval aux profils surbaissés et enterrés de la fortification bastionnée raconte, à lui seul, la mutation de l'art de la guerre entre le XVIe et le XIXe siècle.
S'enterrer plutôt que s'élever
Les hauts murs verticaux du château médiéval, efficaces contre les échelles et les catapultes, s'effondraient sous les boulets de canon. La trace italienne inverse le paradigme : murailles basses, très épaisses, remblayées de terre, dont la plasticité absorbe l'énergie des projectiles sans se fracturer.
XVIe siècle · poudre noireLa « Médiane » de Charles Quint
La rivalité entre Charles Quint et François Ier accélère les travaux dès 1519. La Médiane se compose d'une imposante courtine et de deux bastions de flanquement, chacun renfermant une casemate voûtée à l'épreuve des bombes, d'où les canons tiraient en enfilade pour faucher l'infanterie d'assaut.
Courtine · bastions · casematesLe bouclier de « Terra Nova »
Entre 1631 et 1675, l'Espagne repousse la ligne de défense terrestre loin du cœur de la place avec un immense ouvrage à cornes flanqué de demi-bastions. La forteresse occupe alors la quasi-totalité du plateau, effaçant tout usage civil ou agricole de l'éperon.
Ouvrage à cornes · 1631-167590 % de pierre… hollandaise
Fait souvent ignoré : près de 90 % des remparts et façades visibles ne datent ni de l'époque espagnole ni de Vauban, mais de la reconstruction hollandaise (1815-1830), qui reprit les anciens tracés en y substituant la brique pré-industrielle à la pierre de taille calcaire.
Reconstruction 1815-1830Petit lexique de la fortification bastionnée
| Terme | Fonction stratégique et mécanisme défensif |
|---|---|
| Casemate | Abri voûté, souterrain ou intégré aux remparts, résistant aux tirs plongeants d'artillerie. Sert au stockage sécurisé ou au tir masqué. |
| Bastion / Demi-bastion | Ouvrage polygonal saillant aux angles de l'enceinte. Permet des tirs croisés (flanquement) pour éliminer les angles morts et protéger les courtines. |
| Courtine | Section de muraille principale, droite, comprise entre deux bastions. Cible privilégiée des brèches, d'où sa protection par les bastions. |
| Demi-lune | Ouvrage extérieur isolé placé devant la courtine. Divise l'attaque, protège les portes et force l'assaillant à un siège préalable. |
| Ouvrage à cornes | Avancée massive de deux demi-bastions reliés par une courtine, repoussant la ligne de front loin du corps principal de la place. |
| Pas-de-souris | Escalier étroit aménagé sur les talus des fossés pour le mouvement rapide de l'infanterie lors des sorties. |
🕳️ Patrimoine souterrain · Vauban 1692-1695
La « Termitière de l'Europe » : 4 km de galeries
Si la surface fut remodelée par les Hollandais, le véritable trésor de Namur est sous terre. Un réseau labyrinthique creusé à la main entre le XVIe et le XXe siècle, développé surtout par Vauban (1692-1695), a valu au site son surnom de « Termitière de l'Europe ». Ces galeries permettaient la communication invisible entre bastions, l'acheminement de la poudre et un système de contre-mines destiné à faire exploser les tranchées ennemies. Environ 4 kilomètres sont conservés intacts, à température fraîche et constante toute l'année.
Gros-œuvre & stabilité (930 000 €)
Stabilisation des voûtes, traitement des infiltrations, remplacement de 83 tonnes de pierres, 8 500 briques maçonnées, 100 tonnes de mortier de chaux, 600 m² d'enduit.
Scénographie immersive (1 140 000 €)
18 km de câbles dissimulés, 700 m de goulottes techniques, vidéo-mapping HD (1 500 Gb après 5 120 h de modélisation) et sons directionnels.
Inertie thermique géologique
La fraîcheur constante des galeries témoigne de l'excellence de la ventilation naturelle conçue par les ingénieurs des XVIIe-XVIIIe siècles.
Salle de classe à ciel ouvert
Des dossiers pédagogiques (primaire et secondaire) font des souterrains un outil d'éveil : lignes du temps, hypothèses, confrontation au réel de l'espace confiné.
🎭 1908-1910 · La révolution pacifique
Georges Hobé : de la machine de guerre au plateau de loisirs
Dès le rôle stratégique transféré aux forts de Brialmont, la Ville de Namur et Léopold II décident de transformer la cicatrice militaire en joyau touristique. L'architecte-décorateur bruxellois Georges Hobé (1854-1936) redessine la vocation du plateau. Son chef-d'œuvre, le complexe biface du Stade des Jeux et du Théâtre de Verdure (1908-1910), est l'un des premiers grands ouvrages civils belges en béton armé système Hennebique.
🏛️ « Ludus pro Patria »
La loge royale, point focal de la façade, porte la devise « Ludus pro Patria » (« Des jeux pour la Patrie ») et des allégories féminines sculptées représentant la Sambre et la Meuse. Audace ultime : un tunnel aménagé sous les gradins laissait passer une ligne de tramway. Plus de 7 000 briques de verre creuses captaient la lumière dans le promenoir.
🔧 Restauration 2024-2027 (≈ 15,88 M€)
Classé en 2016, le complexe est restauré depuis août 2024. L'enjeu : la pathologie du béton de 1910. Le gunitage cosmétique des années 1970 sera décapé, puis une protection cathodique (treillis de titane sous faible tension) stoppera la corrosion des armatures. Le site retrouvera son enduit beige-rosé et ses menuiseries vertes Art Nouveau, sous une nouvelle toiture en béton brut posée sur deux seules colonnes.
♻️ Le Pavillon Hobé : un chantier-école d'économie circulaire (2025-2026)
Condamné à la démolition au bord de Meuse, le charmant Pavillon Hobé (1910), aux ferronneries ajourées, a été démonté pierre par pierre et sauvé. Réunissant la Ville, le TEC (LETEC), l'Union des Artisans du Patrimoine et les élèves de l'École technique Asty-Moulin, un projet inédit le remonte près du Théâtre de Verdure pour en faire l'abribus de l'arrêt « Namur Citadelle Théâtre de Verdure ». Les étudiants y apprennent la taille de pierre et le ferraillage : la sauvegarde patrimoniale devient transmission des savoir-faire.
🌿 La pacification du site · Écosystème du XXIe siècle
Un quartier urbain de culture, de mémoire et de savoir-faire
L'ancienne forteresse est devenue un véritable quartier de Namur, perché au-dessus de la ville. Tourisme de mémoire, hôtellerie d'excellence, artisanat de niche et événements de masse y cohabitent — le plus bel exemple de reconversion pacifique d'une friche militaire.
La parfumerie Guy Delforge
Installé depuis les années 1990 dans les anciennes soutes à munitions et l'atelier d'artillerie hollandais, l'atelier de parfumerie tire parti de la constance thermique et de l'hygrométrie des casemates, proches de celles d'une cave à vin, pour la macération des essences. Le contraste entre la poudre d'hier et le parfum d'aujourd'hui résume toute l'histoire du lieu.
Terra Nova, le Centre du Visiteur
L'imposante caserne de Terra Nova (XVIIe-XVIIIe s.) a été transformée en un vaste centre d'interprétation. Une muséographie interactive y retrace plus de 2 000 ans d'histoire urbaine, géologique et militaire — étape didactique indispensable avant l'exploration du site.
Château de Namur & Le Panorama
Héritier du Grand Hôtel, le Château de Namur est un hôtel-restaurant qui sert d'« hôtel d'application » à l'École Hôtelière Provinciale (EHPN), labellisé « Clef Verte ». Le restaurant Le Panorama, à la carte signée par le chef étoilé Yves Mattagne, offre une vue à 360° sur la vallée mosane.
Le Belvédère & les grands événements
Le Belvédère est devenu un haut lieu des musiques actuelles avec plus de 200 concerts par an. Le plateau accueille aussi le Festival Nature Namur, les Médiévales, le triathlon extrême Xterra et des salons œnologiques. La mise en lumière LED des remparts fait de la citadelle une balise nocturne de la capitale wallonne.
🚠 Franchir le dénivelé · 1898 → aujourd'hui
La mobilité suspendue : un siècle de quête d'accès
Ouvrir au public un plateau perché à plus de 100 mètres au-dessus des fleuves a posé, dès la Belle Époque, un défi de mobilité que trois générations d'ingénieurs ont relevé tour à tour.
| Système | Période | Histoire |
|---|---|---|
| Funiculaire pionnier | 1898 – 1907 | Le tout premier funiculaire de Wallonie reliait le centre-ville au prestigieux « Grand Hôtel ». Des coûts d'exploitation abyssaux causèrent sa fermeture prématurée. |
| Ancien téléphérique | 1956 – 1997/2002 | Une noria de 47 cabines biplaces colorées montait au Belvédère. Suspendu en 1997 (menace d'éboulement d'un bloc de 53 t), il fut achevé par l'incendie criminel de sa station basse en 2002. |
| Nouveau téléphérique | 2021 – présent | Inauguré le 8 mai 2021 (POMA), il part de la Place Maurice Servais, enjambe la Sambre et dépose les usagers sur l'Esplanade, renouant avec la vision de Hobé. |
📍 Bon à savoir
Le téléphérique est la façon la plus spectaculaire d'accéder au plateau, mais on peut aussi y monter à pied, à vélo ou en voiture par la Route Merveilleuse. L'esplanade et les promenades des remparts sont en accès libre.
🎟️ Préparer sa visite
Visiter la Citadelle de Namur : itinéraire conseillé
La citadelle se découvre en une demi-journée. Les espaces extérieurs (esplanade, parcs, remparts) sont librement accessibles ; les prestations encadrées — souterrains, Terra Nova, téléphérique — sont payantes et soumises à des horaires saisonniers.
Rejoindre le plateau
Téléphérique depuis la Place Maurice Servais (il enjambe la Sambre), ou montée à pied / à vélo / en voiture par la Route Merveilleuse.
Commencer par Terra Nova
Le centre du visiteur, dans l'ancienne caserne, pose le décor : 2 000 ans d'histoire urbaine, géologique et militaire en muséographie interactive.
Descendre dans les souterrains
La visite guidée de la « Termitière de l'Europe » dévoile ~4 km de galeries de Vauban, sublimées par le vidéo-mapping. Prévoyez une petite laine.
Arpenter les remparts
Promenade libre le long des courtines et bastions hollandais, avec panoramas sur le confluent, la Meuse, le pont de Jambes et la cathédrale Saint-Aubain.
Patrimoine de Hobé & artisanat
Stade des Jeux, Théâtre de Verdure et atelier de parfumerie Delforge dans les casemates. Selon la saison, un concert au Belvédère prolonge la visite.
🎟️ Tarifs & horaires
Les tarifs et horaires des souterrains, de Terra Nova et du téléphérique varient selon la saison et les formules combinées. Pour des informations à jour avant votre venue, consultez la billetterie officielle de la Ville de Namur : citadelle.namur.be.
Questions fréquentes
FAQ – Citadelle de Namur 2026
Pourquoi la Citadelle de Namur a-t-elle été construite à cet endroit ?
Elle s'élève sur l'éperon rocheux triangulaire du « Champeau », au confluent de la Sambre et de la Meuse. Les vallées encaissées forment des douves naturelles sur deux des trois flancs, n'exposant qu'une seule façade côté plateau. Cette position commandait les liaisons fluviales vers Charleroi, Dinant et Huy. L'occupation remonte au Paléolithique supérieur ; la militarisation débute au IIIe siècle.
Qu'est-ce que le Grand Siège de 1692 ?
En 1692, Louis XIV et Vauban assiègent Namur avec ~120 000 hommes et 151 canons face à 8 000 à 9 000 défenseurs commandés par Coehoorn. La ville capitule le 5 juin ; la citadelle résiste 36 jours et se rend le 30 juin. Le siège oppose la méthode rigoureuse de Vauban à l'approche agressive de Coehoorn. La chute de Namur déclenche la bataille de Steenkerque.
Pourquoi parle-t-on de la « Termitière de l'Europe » ?
La citadelle abrite un réseau de galeries creusées à la main entre le XVIe et le XXe siècle, dont ~4 km sont conservés intacts. Développé surtout par Vauban (1692-1695), il assurait la communication invisible entre bastions, l'acheminement de la poudre et les contre-mines. Sa densité lui a valu ce surnom. Un parcours immersif (vidéo-mapping, sons directionnels) y est aujourd'hui proposé.
De quand date la maçonnerie visible aujourd'hui ?
Contrairement à une idée reçue, près de 90 % des remparts et façades visibles datent de la reconstruction hollandaise (1815-1830), après le Congrès de Vienne — et non de l'époque espagnole ou de Vauban. Les Hollandais ont repris les anciens tracés en employant massivement la brique pré-industrielle.
Qui était Georges Hobé ?
L'architecte (1854-1936) qui a transformé, entre 1908 et 1910, la cicatrice militaire en plateau de loisirs. Son chef-d'œuvre, le Stade des Jeux et Théâtre de Verdure, est l'un des premiers grands ouvrages civils belges en béton armé Hennebique (loge royale « Ludus pro Patria », allégories Sambre/Meuse, 7 000+ briques de verre). Classé en 2016, il est restauré de 2024 à 2027 (~15,88 M€).
Comment monter à la citadelle ?
Le plus spectaculaire est le téléphérique inauguré le 8 mai 2021 (POMA) : il part de la Place Maurice Servais, enjambe la Sambre et dépose les visiteurs sur l'esplanade. On peut aussi monter à pied, à vélo ou en voiture par la Route Merveilleuse.
Y a-t-il vraiment une parfumerie dans la citadelle ?
Oui. L'atelier Guy Delforge est installé depuis les années 1990 dans les anciennes soutes à munitions. La température constante et l'hygrométrie des casemates, proches d'une cave à vin, offrent des conditions idéales pour la macération des essences — un saisissant symbole de la pacification du site.
L'accès à la citadelle est-il payant ?
L'esplanade, les parcs et la promenade des remparts sont en accès libre. Sont en revanche payants : la visite guidée des souterrains, le centre du visiteur Terra Nova et le téléphérique. Les tarifs évoluant selon la saison, consultez la billetterie officielle (citadelle.namur.be) avant votre venue.
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Deux mille ans d'histoire au confluent de la Sambre et de la Meuse. Remparts en accès libre, souterrains de Vauban, téléphérique panoramique et patrimoine de Georges Hobé : un voyage de la guerre à la culture.